Les déclencheurs d'origine non alimentaire
Différents facteurs d'ordre personnel ou environnemental ont été identifiés comme des déclencheurs par les gens qui souffrent de migraine. Par exemple :
le stress;
relaxer après une période de stress;
la faim, jeûner ou sauter des repas;
la modification des habitudes de sommeil;
la modification de la pression atmosphérique;
la lumière vive ou les bruits forts;
faire trop ou pas assez d'exercice;
le parfum, la fumée de cigarette ou des odeurs inhabituelles;
certains médicaments, dont les analgésiques;
les contraceptifs oraux ou l'hormonothérapie substitutive.
Les déclencheurs d'origine alimentaire
L'alimentation semble jouer un rôle important dans le déclenchement des migraines. Environ 15 % à 20 % des gens qui souffrent de migraine indiquent que certains aliments sont à la source de leurs attaques. Les aliments les plus souvent cités sont les suivants :
l'alcool, et plus particulièrement le vin rouge et la bière;
les fromages vieillis;
le chocolat;
le yogourt;
les aliments fermentés ou marinés;
le glutamate monosodique;
l'aspartame;
la caféine (ou le manque de caféine).
Ces aliments sont en quelque sorte des classiques du déclenchement des crises de migraine. Mais, selon certains auteurs (dont le naturothérapeute J.E. Pizzorno), les allergies alimentaires pourraient aussi être à la source des migraines. Évidemment, le fait de mieux connaître les aliments qui déclenchent la migraine constitue une façon naturelle et logique d'aborder le problème. Par contre, cette approche demande plus d'efforts et de discipline, notamment parce qu'il faut identifier les aliments problèmes. Pour ce faire, le fait de tenir un journal des migraines est certainement un bon point de départ (voir section Prévention). Il peut également être utile de consulter un spécialiste de la nutrition.
Le mystère demeure...
Pourquoi des facteurs aussi diversifiés que la consommation de fromage et la pression atmosphérique peuvent-ils déclencher les migraines? La science n'a pas de réponse précise à cette question. C'est pourquoi on parle parfois de la migraine comme d'un syndrome plutôt que comme d'une maladie.
Prévention
Le but des actions préventives est de réduire le nombre et la fréquence des crises de migraine, d'améliorer la qualité de vie des personnes qui ont des migraines sévères, et de réduire les besoins en médication. L'approche préventive est essentielle pour parvenir à mieux contrôler ses crises de migraine, et parfois même, à les éliminer.
Tenir un journal des migraines
Pour prévenir la migraine de façon naturelle, la première étape qui s'impose est d'identifier le ou les éléments qui déclenchent les crises. Pour ce faire, on recommande de tenir un « journal des migraines » où l'on consignera les circonstances entourant l'arrivée de chaque migraine. Il faudra noter tous les aliments consommés dans les dernières 24 heures, les symptômes, sa situation psychologique (stress, relaxation après le stress, etc.), les conditions extérieures (lumière vive, bruits, etc.). Consignez aussi toute autre information qui semble pertinente.
Il peut aussi être très utile de noter les petits symptômes, même s'ils semblent anodins, qui précèdent la crise de migraine. En effet, comme on le verra plus tard, il est plus facile de combattre la migraine si on agit dès l'apparition des symptômes précurseurs.
En réussissant à identifier les produits ou les situations qui déclenchent la migraine, beaucoup de gens réussissent à réduire ou à éliminer presque complètement les crises.
Approches médicales
Médicaments de synthèse
Les médicaments dits « prophylactiques » ont pour but d'empêcher une crise de migraine de survenir. Ils ne sont habituellement prescrits qu'aux gens qui souffrent de migraines fréquentes, c'est-à-dire plus de deux ou trois fois par mois. En effet, il serait sans doute déraisonnable de consommer quotidiennement un médicament uniquement pour éviter trois ou quatre crises de migraines par année. Il faut savoir que certains médicaments ont des effets secondaires et que leur efficacité à long terme n'est pas garantie. Toutefois, pour les personnes souffrant de migraines graves et fréquentes, les médicaments prophylactiques peuvent être une bénédiction. Les médicaments les plus couramment prescrits par les médecins sont les suivants :
- les bêta-bloquants (propranolol) et inhibiteurs calciques pour améliorer l'irrigation sanguine;
- les antidépresseurs tricycliques à faible dose;
- la vitamine B2 (riboflavine) pour combler certains manques des cellules cérébrales chez les personnes souffrant de migraines fréquentes.
Recherches sur le Botox. L'utilisation d'injections de Botox pour prévenir les migraines est à l'étude. Le Botox, une toxine bactérienne notamment utilisée pour réduire les effets du vieillissement de la peau, aurait pour effet de relâcher les muscles tendus de la tête et du cou.
Note importante. Certaines maladies, comme le lupus, l'hypertension, la maladie de Raynaud, les maladies de la thyroïde et d'autres débalancements hormonaux peuvent augmenter la fréquence et la sévérité des crises de migraines. En contrôlant ces conditions par un traitement adéquat, il arrive que les migraines disparaissent complètement.
Approches non conventionnelles
Techniques de relaxation. De nombreuses études (de qualité variable) indiquent que les techniques de relaxation, notamment le biofeedback et le training autogène, peuvent être efficaces pour prévenir les migraines, et même aussi efficaces que le propranolol, un médicament bêta-bloquant utilisé pour prévenir les migraines1-3. Le biofeedback est une technique qui permet d'apprendre à contrôler des fonctions biologiques internes, comme des tensions musculaires. Dans son livre The Desktop Guide to Complementary and Alternative Medicine, an evidence-based approach, Edzard Ernst passe en revue de nombreuses études sur les effets de la relaxation et du biofeedback sur les migraines. Même s'il précise qu'il faudrait faire d'autres recherches pour obtenir des réponses plus probantes, Ernst en conclut que ces études tendent clairement à démontrer l'efficacité de cette approche chez les adultes. Par ailleurs, l'Association médicale canadienne mentionne aussi l'utilité des techniques de relaxation et de biofeedback comme traitement préventif des migraines.
Diète hypoallergénique. Quelques études indiquent que des allergies alimentaires pourraient favoriser ou même être directement à la source des migraines. Par exemple, une étude portant sur 88 enfants souffrant de migraines sévères et fréquentes démontrait que la diète faible en allergènes était bénéfique chez 93 % d'entre eux4. Toutefois, notons que les taux d'efficacité de la diète hypoallergénique sont fort variables, allant de 30 % à 93 %5. Les aliments générateurs d'allergies englobent notamment le lait de vache, le blé, les oeufs et les oranges.
Phytothérapie
Grande camomille (Tanacetum parthenium). Au XVIIIe siècle, en Europe, la grande camomille était considérée comme l'un des remèdes les plus efficaces contre les maux de tête. L'ESCOP reconnaît officiellement l'efficacité des feuilles de grande camomille pour la prévention des migraines. Au pays, Santé Canada autorise les allégations relatives à la prévention de la migraine pour les produits à base de feuilles de grande camomille. Deux synthèses d'études récemment publiées confirment l'efficacité de la plante pour prévenir la migraine6,7.
Dosage
Consulter la fiche Grande camomille. Il faut compter de six à huit semaines avant que les effets se fassent pleinement sentir.
Pétasite (Petasites officinalis). Selon une étude contrôlée et randomisée publiée en 2000, des extraits de rhizome de pétasite pourraient réduire la fréquence des crises de migraine8. Pour les besoins de cette étude, 60 patients souffrant de migraines ont reçu soit un placebo, soit une dose de 25 mg d'un extrait normalisé de pétasite, le Petadolex, deux fois par jour, pendant 12 semaines. À partir de la quatrième semaine de traitement, les membres du groupe prenant de la pétasite a noté une diminution significative du nombre de leurs crises. À la dernière semaine, cette réduction se chiffrait à 60 %, comparativement au groupe témoin. Pour l'instant, on dispose de peu de données scientifiques au sujet du pétasite en prévention de la migraine. Une autre étude (non publiée) avec 202 patients fait aussi état de résultats prometteurs (voir la nouvelle de PasseportSanté.net à ce sujet).
Suppléments
5-HTP (5-hydroxytryptophane). Le 5-HTP est un acide aminé que notre organisme utilise pour fabriquer la sérotonine. Or, comme il semble que le taux de sérotonine soit relié au déclenchement des migraines, on a eu l'idée de donner des suppléments de 5-HTP aux patients souffrant de migraines. Les suppléments de 5-HTP proviennent de la graine d'un arbre d'origine africaine, le Griffonia simplicifolia. Les résultats de plusieurs essais cliniques démontrent que le 5-HTP peut contribuer à diminuer la fréquence et l'intensité des maux de tête, et parfois à diminuer l'utilisation d'analgésiques9-14.
Dosage
Prendre de 200 mg à 600 mg par jour.
N.B. L'utilisation du 5-HTP en automédication est controversée. Certains experts croient qu'il ne devrait être offert que sous ordonnance médicale. Consulter la fiche 5-HTP pour plus d'information à ce sujet.
Magnésium. Le magnésium pourrait aider à prévenir les migraines. Un essai clinique mené en Allemagne en 1996 a démontré que le trimagnésium dicitrate pouvait diminuer significativement la fréquence et l'intensité des crises de migraine15. Ces résultats venaient confirmer les résultats de deux études préliminaires menées quelques années auparavant en Allemagne16 et en Italie17 auprès de petits groupes de patients. Une quatrième étude clinique contrôlée, portant sur 150 patients et menée en Autriche cette fois, n'a pu établir l'efficacité du traitement18. Cette recherche a néanmoins été critiquée à plusieurs chapitres, notamment en ce qui concerne les critères devant déterminer une amélioration des symptômes chez les participants.
Dosage
Entre 360 mg et 600 mg par jour de trimagnésium dicitrate ont été utilisés lors des études. Le trimagnésium dicitrate n'est offert ni au Canada ni aux États-Unis, mais selon Jean-Yves Dionne, pharmacien, un autre sel de magnésium pourrait avoir le même effet (voir la fiche Magnésium).
Huiles de poisson. En 1985, une étude clinique révélait que les acides gras oméga-3 diminuent les symptômes de la migraine sévère19. Depuis, deux études20,21 sont venues contredire ces premiers résultats. Les deux études portent sur un total de 190 personnes souffrant de migraines récurrentes. Elles indiquent que l'huile de poisson n'est pas significativement plus efficace qu'un placebo contre la migraine. Un très fort effet placebo a été constaté au cours de ces recherches.
Mélatonine. Il existe une hypothèse à l'effet que la migraine ainsi que certains maux de tête sont causés ou déclenchés par un dérèglement des rythmes circadiens. Des chercheurs croient que la mélatonine serait utile dans de tels cas22,23. En l'absence de données probantes, on ne peut suggérer un dosage précis.
Traitements médicaux
Tous les traitements, quels qu'ils soient, seront plus efficaces à soulager la douleur si on les applique dès l'apparition des signes précurseurs de la migraine. Ainsi, l'aspirine, l'ibuprofène (Advil®, Motrin®, etc.) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens en vente libre seront souvent suffisants pour casser une crise de migraine légère si on les prend dès l'apparition des premiers symptômes.
Si les médicaments en vente libre ne suffisent pas, les médecins peuvent proposer une vaste gamme de produits plus puissants conçus pour s'attaquer à la migraine. Par exemple, les médicaments de la classe des triptans. Les sumatriptans (Imitrex®) ont été les premiers à être développés. Ces médicaments ont l'inconvénient de provoquer chez certaines personnes des nausées, des étourdissements, de la faiblesse musculaire, et parfois des problèmes cardiovasculaires. Depuis, d'autres triptans plus efficaces et comportant moins d'effets secondaires ont fait leur apparition sur le marché. Parmi ceux-ci, le rizatriptan (Maxalt®), le naratriptan (Amerge®) et le zolmitriptan (Zomig®). Les triptans miment l'action de la sérotonine et provoquent la constriction des vaisseaux sanguins. Certains sont sous forme de vaporisateurs nasaux, d'autres sous forme de comprimés. Pour les cas les plus graves, il sera parfois nécessaire de recevoir un médicament encore plus puissant, par voie intraveineuse. Un autre médicament, l'ergotamine (Ergomar®, Cafergot®), est aussi prescrit pour aider à diminuer les douleurs.
Les gens qui ne subissent que quelques crises de migraine par année peuvent sans doute consommer des médicaments à l'occasion sans trop s'inquiéter. La situation est différente pour ceux qui souffrent de migraines fréquentes. En effet, de nombreuses études indiquent que, d'une part, les médicaments peuvent perdre leur efficacité si on en consomme une grande quantité annuellement et, d'autre part, qu'ils peuvent même entraîner une augmentation de la fréquence des migraines. Les gens qui ont des crises de migraine fréquentes ont donc intérêt à privilégier une approche préventive pour diminuer leurs symptômes.
Conseils en cas de crise
S'allonger dans une pièce sombre et calme.
Mettre une compresse froide sur son front.
Se masser le cuir chevelu.
Exercer une pression sur ses tempes.
Attention à certains symptômes
En cas de changements notables par rapport aux symptômes habituels de migraine, il est recommandé de voir un médecin, surtout si :
- les migraines sont de plus en plus douloureuses;
- elles empirent en faisant de l'exercice, pendant les relations sexuelles, en éternuant ou en toussant;
- elles sont accompagnées d'autres symptômes inhabituels (évanouissement, perte de vision, difficulté à marcher ou à parler);
- elles surviennent en conséquence d'une blessure à la tête.
Traitements non conventionnels
Les options thérapeutiques naturelles indiquées en cas de migraine sont à prendre en prévention. Consulter la section Prévention.
Approches à considérer
Massothérapie. En relâchant les tensions dans le cou et en améliorant la circulation sanguine au cerveau, il semble que la massothérapie puisse aider à soulager les migraines24.
Médecine traditionnelle chinoise. Selon diverses études, les traitements d'acupuncture agiraient notamment sur les taux de sérotonine. Cela pourrait expliquer, du moins en partie, pourquoi l'acupuncture peut s'avérer efficace pour prévenir les migraines. Le potentiel thérapeutique de l'acupuncture pour combattre la migraine est reconnu par divers organismes dont l'Organisation mondiale de la Santé, la Consensus Development Conference on Acupuncture et les National Institutes of Health.
En complément au traitement d'acupuncture, le praticien de médecine chinoise recommande souvent des exercices de respiration, la pratique du Qi Gong, des changements dans la diète24, et des préparations pharmaceutiques, dont :
- le Baume du Tigre, pour les migraines légères à modérées;
- le Xiao Yao Wan;
- la décoction Xiong Zhi Can Xie Tang.
Ostéopathie. Selon les praticiens de cette approche, l'ostéopathie serait en mesure de soulager et même parfois de soigner de façon durable les migraines chez certaines personnes25. L'ostéopathie serait indiquée surtout pour les personnes dont les migraines surviennent à la suite d'un accident ou de problèmes au cou.
_________________
